Icônes de saints -- Sainte impératrice Théodora (VIe s., épouse de Justinien)

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Sainte impératrice Théodora (VIe s., épouse de Justinien) - Αγία Θεοδώρα (gr.)  
Sainte impératrice Théodora (VIe s., épouse de Justinien)
Αγία Θεοδώρα (gr.)
• Icône grecque traditionnelle
• Tempera à l'oeuf sur panneau de bois
• dorure à la feuille d'or 23 cts
• dim. 35x45 cm
• 2019
 

L’Impératrice St Théodora (vers 500-548), épouse de Justinien le Grand, est représentée dans une mosaïque célèbre (VIe s.) de la cathédrale de Saint Vitale à Ravenne.

Les principales sources historiques sur la vie de Théodora sont les œuvres de son contemporain Procope de Césarée. L'historien offre trois représentations contradictoires de l'impératrice.

Son premier ouvrage historique, intitulé Histoires ou Discours sur les Guerres, brosse le portrait d'une impératrice courageuse et des plus influentes. Il dénote en particulier ses ressources culturelles et morales lors des moments difficiles « quand les hommes ne savent plus de quel côté se tourner ».

Son deuxième ouvrage Sur les monuments loue la beauté de l'impératrice et est un panégyrique qui décrit Justinien et Théodora comme un couple pieux.

Son troisième ouvrage l'Histoire Secrète, probablement une publication posthume, révèle un auteur qui est devenu profondément déçu par le couple impérial. Justinien est dépeint comme cruel, vénal, prodigue et incompétent. Procope rappelle que Théodora est une parvenue et va jusqu'à l'appeler « cette ruine publique de l'espèce humaine ».

D’autres auteurs syriaques la présentent comme une « pieuse », une « sainte », ou comme la « dévote » impératrice.

En 527, Justinien est couronné empereur. Privilège rare, Théodora revêt la pourpre en même temps que lui dans la basilique Sainte-Sophie, ce qui l'associe pleinement à l'Empire et fait d'elle une impératrice pleine et entière. Elle prend également le titre d'« Augusta ».

Une fois sur le trône, elle conseille souvent Justinien, en particulier dans le domaine religieux.

Elle partage ses plans et ses stratégies politiques, participe à ses conseils d'état. Justinien la désigne comme son « partenaire » dans ses délibérations. Symbole de cette complémentarité au sein du couple impérial, Procope rapporte qu'« ils ne faisaient rien sans l'autre ».

Désirant donner un nouveau statut pour la femme dans le cadre familial, elle a une influence certaine sur les dispositions concernant les femmes du Code justinien : mesures de protection à l'égard des comédiennes et des courtisanes, loi contre la « traite des blanches », possibilité pour les épouses de demander le divorce. Elle fait également en sorte que les filles puissent faire valoir leur droit à l’héritage et fait passer des mesures de protection de leur dot en faveur des veuves.

Elle fait également prendre à Justinien des mesures énergiques contre les propriétaires de maisons de tolérance et fonde une maison pour pécheresses repenties. Elle fait également adopter une loi qui interdit le proxénétisme, ce qui n'empêchera pas celui-ci de perdurer.

Selon Procope de Césarée, elle n'apprécie pas les thèses d'Origène qu'on accusait d'avoir soutenu la croyance en la réincarnation et la pré-existence de l'âme avant la naissance. Aussi, avant de mourir, Théodora pousse Justinien à convoquer le Deuxième concile de Constantinople de 553, qui condamne l'origénisme.

En 451, le Concile de Chalcédoine avait tenté de régler la question en imposant le dyophysisme comme doctrine officielle, mais en vain. Les chrétiens d’Orient monophysites, notamment à Alexandrie et en Palestine, refusent de s’y soumettre, ce qui déclenche des révoltes lorsqu’un patriarche ou un évêque dyophysite est nommé dans ces régions.

Le couple impérial est lui-même divisé sur la question, Justinien défendant la doctrine officielle dyophysite, Théodora soutenant les dissidents monophysites. C’est là leur principal divergence, Les monophysites étant persécutés dans l’Empire, l’impératrice se pose comme leur protectrice, pouvant aller jusqu’à jouer le rôle de médiatrice entre eux et Justinien.

Elle travaillait au rapprochement entre dyophysites romains et monophysites d’Orient, avec la collaboration d’Anthime, le patriarche de Constantinople, qui était monophysite.

Théodora meurt le 28 juin 548, 17 ans avant Justinien, d'une maladie dont les symptômes ressemblent à ceux d'un cancer du sein. Son corps fut enterré dans l'église des Saints-Apôtres à Constantinople. Profondément affecté, Justinien ne se remit jamais de la mort de sa femme. Durant les dernières années de son règne, l’empereur s’enferma dans la solitude, ne se montrant en public que lors de rares cérémonies officielles. L'historien Jean Steiner écrit : « En perdant Théodora, Justinien avait perdu la volonté forte qu'elle lui avait apportée. Plus que lui, elle avait été l'homme d'État du règne ».

Elle est commémorée dans l'Eglise orthodoxe le 14 novembre avec son mari Justinien le Grand.


© Marie Lavie